Conférence avec Pascal Boniface "L'avenir de la puissance française"

Pascal Boniface, Directeur de l’Institut des Relations Internationales et Stratégique (IRIS), est dans le même temps professeur à l’université Paris 8. Il dirige également “La revue internationale et stratégique” et “L’année stratégique”.

Auteur d’une soixantaine d’ouvrages sur les relations internationales, il est notamment connu pour son concept de géopolitique du sport ou ses positions sur le Proche et Moyen-Orient et notamment sur le conflit Israélo-Palestinien.

Dans une conférence du Lundi 24 Septembre, organisée par l'association Poli'Gones, intitulée : “L’avenir de la puissance Française”, Pascal Boniface a exposé sa vision sur la place de la France dans le monde.



En détaillant ce qu’est devenu la France au cours de la deuxième moitié de XXème siècle jusqu’à aujourd’hui. Il se demande si la France compte encore dans le monde et quel rôle doit-elle jouer dans le monde.

Pascal Boniface fait deux postulats pour poser les bases de ce que pourrait être la "Puissance Française” : Tout d’abord il dit que cette question n’est qu’une question Franco-Française et que le reste du monde se fout de la “Puissance Française” ou de son avenir.

Le deuxième vise à aller à contrepied des deux pensées dominantes en France, lorsque l’on parle de la Puissance Française, que sont : L’arrogance et le déclinisme. Il cherche un juste milieu objectif qui permettrait de porter une voie Française dans le monde sans s’imposer ni s’effacer, il se fait le chantre du multilatéralisme.


Un discours universaliste


Selon Boniface, la France doit avoir un discours universaliste, de par son histoire de “pays à part” (héritage des Lumières, de la Révolution, de la DDHC...)

Pour lui le constat est clair, la France n’a plus et ne peut plus avoir la place qu’elle avait il y a de cela 30 ans, où elle parlait sur un pied d'égalité avec la Chine. Néanmoins sa parole compte et reste écoutée sur tous les sujets, elle garde une légitimité à donner son avis sur les problèmes du monde de par son statut de puissance historique.

Boniface se demande alors qu’elle doit être la ligne de politique étrangère de la France pour que sa voie compte et qu’elle reste légitime. Pour lui la France se doit de parler d’autre chose qu’elle-même (Droit de l’homme, Climat...). Elle doit garder son unicité et son indépendance. Il oppose la ligne Gaullo-Mitterandienne dont il se fait le chantre contre la ligne Néo conservatrice ou Atlantiste, plus soumise à l’OTAN et à la première puissance mondiale que sont les Etats-Unis.


La position Gaulliste


Pour lui ce clivage est né à la suite de la crise de Suez, où France et Grande Bretagne ont voulu récupérer le “canal de Suez”. La menace nucléaire Russe et le non-soutien Américain ont fait échouer leur plan. Deux conclusions en ont été tirées. Pour les Britanniques, on ne fait plus rien sans les Etats-Unis, mais en France c’est la position Gaulliste qui dominera dès 1958.

De Gaule continuera le programme nucléaire, clef de l’indépendance militaire, ainsi que la sortie de l’OTAN. Il veut créer le plus de liens possibles avec le tiers monde et les anciennes colonies. La France reste l’allié des Etats-Unis mais se veut être un pays non-aligné.

Cette position atypique était très efficace durant la guerre froide, dans un monde bipolarisé mais après la disparition de l’URSS, la France a perdu fortement de sa puissance. Néanmoins en 2003, Chirac en refusant de s’engager dans la guerre d’Irak, a redonné de la force a cette position Française Gaullo-Mittérandienne, ce qui a été reconnu dans le monde entier.


Porter une politique étrangère multilatérale


Pour Pascal Boniface la France reste une puissance globale sur tous les sujets (Politique, Militaire, Economique, Social et Ecologique...), contrairement à d'autres pays comme la Russie ou l'Arabie Saoudite, plus préoccupés par leur économie ou leur souveraineté nationale. La France, elle, peut porter un discours universaliste qui sera écouté dans le monde.

Boniface pense que l’avenir de la puissance Française se fera dans le multilatéralisme, où la France peut jouer le rôle d'intermédiaire, et où sa place dans les discussions pour gérer les différents problèmes est essentielle.

Par exemple la France ne peut pas lutter contre le terrorisme seule, elle se doit de prendre part à une discussion globale sur le sujet, comme elle en a été l’exemple lors de la COP 21 en 2015, où elle a été le chef de file pour signer un accord historique entre les grandes puissances mondiales.

A l’heure actuelle, face à une Amérique unilatéraliste, la France de Macron doit se porter aux avant-postes dans le multilatéralisme. Ce qu’il a réussi à faire dans le discours mais ce qui ne se traduit pas dans l’action puisqu’il a prévu de baisser de près de 10% le nombre de fonctionnaires présents à l’étranger.

Pour conclure, personne ne s’intéresse de l’avenir de la puissance Française, donc la France doit porter un discours le plus universaliste possible et porter une politique étrangère multilatérale pour que la voix de la France compte encore dans le monde de demain.


Antoine Besson

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